Résistance Avesnois 1940 1945

Résistance Avesnois 1940 1945

Gustave

                       

                       Gustave              

                         Maurice Gallet

Né en 1900, Maurice Gallet est  mobilisé en 1939 et fait prisonnier, il est libéré en 1941, Il ne peut admettre  que son pays soit occupé et  il entre donc dans la résistance dans le Pas de Calais  sous les ordres  du Docteur Duflot   au sein de cette organisation particulièrement dynamique  dans tout  l'Artois Il participa activement à tout ce qui touchait à la lutte clandestine; aide aux prisonniers évadés,  aide  aux réfractaires, recherche de terrains de parachutages ou d'atterrissages, récupération de matériel de guerre, recherche d'asiles pour les opérateurs radio etc….Il participa en 1942 à l'opération clandestine de haute Avesnes qui permit l'évacuation sur l'Angleterre de personnalités importantes, ensuite il rallie les réseaux de l'OCM  et de la Voix de Nord  en avril et mai 1943 aux premiers parachutages de matériel effectués par le réseau BOA. En juillet 1943, très recherché par la gestapo, il quitte son domicile et entre dans la clandestinité, il se met à l'entière disposition de son chef de réseau le Capitaine Pierre Deshayes que l'on appellera  Le Commandant   Jean Pierre.

Celui-ci compte tenu des qualités personnelles de Gustave et de l'expérience acquise lors des opérations réussies, en particulier dans le secteur d'Aubigny,  lui confie sous les ordres de Georges  Vankemmel  la responsabilité des parachutages dans l'Avesnois  en collaborant avec les responsables  des mouvements de Résistance de ce secteur; Mr Paul Chabloz, Lorette,  Décaudin pour l'OCM  et Jules Meresse pour Libé Nord, et surtout avec l'organisation des parachutages sur Couesnon, il parvient malgré la surveillance des services allemands particulièrement vigilants dans cette région, à assurer la réussite de nombreuses opérations de parachutages et en particulier sur le terrain Couesnon de Cartignies qui est reconnu comme terrain de secours et c'est celui qui reçut le plus de parachutages, et en particulier celui du 5 février 1944 qui reçut 2 avions et 50 containers à cacher avec seulement 8 hommes  en pleine nuit et qui finit à 6 heures du matin, en attente de l'enlèvement, à ce moment Gustave avait son PC à Cartignies chez Jules Lebon ardent résistant avec son fils Roger,   le tout se passait très bien,   jusqu'à ce que Plantain l'agent de liaison de Robert responsable OCM de Landrecies, trahisse son chef et livre tout le réseau à la gestapo pour de l'argent, après l'arrestation du groupe de Landrecies   Gustave essaie de recoller les morceaux mais comme Plantain connaissait tout, les arrestations continuent, un jour Plantain se trouvant à la gare d' Aulnoye  aperçoit Gustave et vient lui dire: «  méfie toi c'est plein de Gestapo, » A ce moment là ,Gustave savait qu'il y avait un traitre dans le réseau mais ne savait pas que c'était Plantain, sinon Gustave l'aurait abattu, Plantain essayait  de maintenir un contact avec la résistance pour continuer à aider la gestapo,   mais il dut s'enfuir car il avait été démasqué et recherché par la résistance qui avait l'ordre de l'abattre, mais le mal était fait et le 17 mars 1944  Gustave est à son PC chez Lebon route d'Avesnes à Cartignies, vers 8 heures 30 la gestapo cerne la maison des Lebons,   mais ils ne savent pas que la personne présente est Gustave, celui-ci ne manquant pas de sang froid demande à un allemand de porter du lait aux enfants qui pleurent à l'étage car les enfants de Georges Vankemmel étaient cachés chez les Lebons,  l'allemand lui fait signe de monter et  arrivé en haut il regarde par la fenêtre voit que la voie était libre il redescend et avec un grand sourire fait comprendre à l'allemand qu'il doit reporter à nouveau du lait celui-ci lui fait signe de remonter,  il regarde par la fenêtre ne voyant personne il risque le tout pour le tout et  il arrive à la haie et court très vite, il n'est pas vu grâce à son sang froid  il a réussi à s'échapper.

Quand les allemands se rendent compte que cet homme a disparu c'est de la rage qui s'empare d'eux, un des allemands tire sur  Jules Lebon la balle se loge dans le placard,  le fils Roger repasse à tabac il a la figure toute boursouflée suite aux coups reçus, laissant quelques allemands de garde ils vont arrêter Jules Meresse et ses deux fils et repassent à la Mairie pour arrêter Emile Vallée le secrétaire de Mairie.

Gustave se dirige sur Etroeungt, mais toujours aux aguets et très méfiant, il revient à Cartignies chez les Dervaux car tous ses endroits de cache sont grillés, deux jours après être parti d'Etroeungt la gestapo fait éruption et arrête les Delplanche  Vauthier et Hedon, Plantain n'a rien laissé de côté.

Malgré cela, Gustave continue et il échappe encore à une arrestation à Lille.

Jean Pierre ayant loué un  grand box dans un  garage du quartier de Fives Lille,  machine à écrire,    poste émetteurs etc,  sont entreposé  ce box.

Voyant l'étau se resserrer,  en mai 1944, Jean Pierre  décide  de  transporter le matériel  au  Nouvion en Thiérache.  Alors qu'Adrien (Claude Meurice) et Gustave (Maurice Gallet)  étaient occupés à charger la voiture, une traction AV  noire s'arrêta  à l'entrée du garage et deux hommes en descendirent, l'un de taille moyenne en costume gris et l'autre plus grand  avec un imperméable de style  et de couleur très reconnaissable.

Gustave et Jean-Pierre pistolet en poche et étant prêts à s'en servir en cas de besoin.  Nos deux hommes s'avancent dans la cour et jettent un coup d'œil circulaire, au bout de quelques secondes,  avec audace Jean Pierre  main  dans la poche sur le pistolet  est aussitôt rejoint par Gustave qui a pris position  près de la sortie pour leur couper  leur retraite, Jean Pierre  s'avance vers eux et le dialogue s'établit  il est de courte durée, il n'y aura pas de duel les chances étant égales de part et d'autre, les deux agents regagnent leur voiture. Maintenant  il faut faire vite et partir, car les deux Gestapistes ne sont pas dupes. Jean Pierre et ses deux compagnons se rendent à Le Nouvion  en Thiérache chez Robert Degon  et installent leur nouveau PC dans le chalet  de la ferme du  pavillon  au Petit Dorengt  près de la forêt de Le Nouvion.

Courant juillet  au  PC, le chalet  est occupé par trois résistants dont  Gustave et mamie qui   voient  une patrouille allemande  se diriger vers le chalet, il faut faire vite, ils brûlent les archives du BOA  car le choc est inévitable. Les Allemands sont accueillis par des rafales d'armes automatiques, les Allemands  pensent à un groupe bien armé, ils laissent quelques hommes et vont chercher des renforts, Gustave et ses amis  en profitent pour sortir à la grenade, grâce à leur audace ils en sont sortis. Les Allemands reviennent avec un char est détruisent  le chalet  vide.    Un  nouveau PC est installé au Grand Wez à Esquéheries et Gustave  accueille le nouveau chef Adjoint  du BOA qui est  Jean Vimont Vicar.

Le 4 ou le 5 août fut transporté jusqu'à Lille avec une fourgonnette conduite par « Raymond » avec à ses côtés Gustave et Jean Pierre, un chargement qui comprenait un  bazooka, des fusils mitrailleurs, des fusils, des mitraillettes, des munitions etc.…..furent dégraissées et montées dans la ferme de la famille  Détrez  à  Esquéheries (Grand père de Daniel Détrez  Couvreur du Nouvion).

A la sortie de Marchiennes, sur un petit pont au dessus du « ruisseau de Coutiche »  se trouvait un barrage allemand composé de quelques soldats et d'une moto avec un fusil mitrailleur sur le side-car. Grâce au sang froid de Gustave et de Raymond, ils ont pu laisser croire aux soldats qu'ils allaient se ranger sur le côté de la route, en fait ils se sont  engagés dans un chemin à travers bois.

Dès que les allemands ont vu la manœuvre, ils ont tiré plusieurs coups de feu  et les motards se sont mis à leur  poursuite.  Le chemin était si défoncé qu'ils se trouvaient limité à environ 15 à 20 Km  heures. Heureusement, leurs poursuivants étaient confrontés aux mêmes difficultés pour rouler et encore plus pour utiliser leur F M,  et ils abandonnèrent  leur chasse  au bout  d'un  kilomètre  environ.

A l'arrivée à Lille, 7 impacts furent relevés dans la carrosserie mais aucun des trois hommes n'était blessé

Les libérateurs avancent et de nouveaux  parachutages sur le terrain Couesnon de Cartignies le 24 août et le 28 août le message personnel est « Gédéon fait des extras. »

Gustave comme responsable des parachutages de la Thiérache Nord et Aisne est sur le terrain de Cartignies avec Jean  Vimont Vicary, Jean-Pierre, et Robert Roseleur responsable de la sécurité de Couesnon  ainsi que les groupes de Résistance pour qui les armes étaient destinées,  environ 80 personnes présentes,  un  parachutage réussi  à 100/100 Gustave est très content surtout que la fin approche, il est resté trois années dans la clandestinité.

Le 2 Septembre,  les Américains arrivent à Le Nouvion, c'est l'affrontement avec l'ennemi qui se trouve surpris de l'arrivée brutale des libérateurs: certains sont retranchés dans l'église,

Gustave avec un groupe de résistants du groupe OCM  /  BOA de Degon essaient de les déloger, une fusillade intense se poursuit pendant plusieurs heures et les deux derniers se rendent.

Vimont Vicary  qui logiquement ne devait pas se lancer dans la guérilla, et Raphaël   aidés par les résistants du maquis de la forêt essaient de déloger les allemands retranchés dans  le cimetière ils parviennent à en tuer plusieurs, les allemands possèdent un mortier, mais Jean Vimont Vicary est gravement blessé « les jambes coupées » par un obus de ce mortier à quelque mètres de Raphaël « il se tire une balle dans la tête »  ils font prisonnier le dernier c'est un SS, Raphaël lui dit de porter le brancard avec le corps de Jean Vimont Vicary, il refuse et essaie de s'enfuir, il est abattu par Raphaël, Le Nouvion est libéré.

Gustave dans une jeep  est acclamé par la population du Nouvion, Gustave aperçoit  des réfractaires cachés chez des Résistants comme Félicien Gentilini, Gustave le voyant lui dit prends cette Sten et va chasser des boches, Le 4 septembre se sont les obsèques de Vimont Vicary  suite aux combats dans l'église de le Nouvion celles-ci n'ont pu  y être célébrées et se feront à Fontenelle, en présence d'une nombreuse assistance (Je vous joins une photo)

Et ce vaillant résistant continue  à suivre les américains il va les accompagner en aidant les résistants au fur et à mesure de la libération de leur ville ou de leur village. Il aura vu tomber beaucoup de ses amis. Cet homme au grand sang froid a connu des collaborateurs et des traitres,  mais pas de vengeance personnelle et a même freiné certains résistants  qui  voulaient  faire justice eux-même.

La guerre terminée Gustave est employé à la librairie du journal  la Voix du Nord.

Il reçoit de nombreuses décorations méritées, la médaille militaire, la médaille de la Résistance, la médaille anglaise du « King's medal for courage », la médaille des combattants volontaires de la résistance, et pour couronner le tout  La Légion d'Honneur,

En 1967, il prend une retraite bien méritée, mais il fera avec son épouse  plusieurs visites à Le Nouvion et retournera même au chalet  du pavillon,  Ils dormaient à l'Hôtel restaurant chez Tori près de la gare de le Nouvion, les époux Tori en garderont d'ailleurs un très bon souvenir.

Le 16 aout 1972 nous apprenons le décès de Gustave à son domicile de Lille à l'âge de 73 ans.

Ses funérailles furent célébrées à l'église de Fives-Lille le samedi 19 aout à 10 heures 30 devant une nombreuse assistance. Devant le cercueil drapé des trois couleurs avait été disposé un coussin sur lequel ses prestigieuses décorations étaient épinglées, dans le cœur de l'église avaient pris place de nombreux porte-drapeaux. L'éloge funèbre fut prononcée pas Monsieur Pierre Deshayes que l'on appelait Jean Pierre dans la résistance,  son chef et compagnon  d'armes.

 Dans sa vie professionnelle, il se mit à un travail pour lequel il n'avait pas été préparé, et pourtant il donna entière satisfaction,  il termina par, «  Notre ami Gustave a bien mérité de la patrie, nous perdons aujourd'hui une des plus  belle figures de la Résistance du sud et du nord de la Thiérache et du Pas de calais, cet homme  pour lequel  était insupportable l'idée de la France dépecée par l'Allemagne nazie  il était  une très grande figure de la Résistance, qui n'a jamais fait d'esbroufe, avec un sang froid remarquable. »

Le journal était représenté par Me Vankemmel directeur adjoint et aussi une vingtaine de personnes du journal La Voix du Nord.

Nombre d'autres personnalités du monde la  résistance étaient présentes,

Mr Edmont Bricout Député de l'Aisne ; Jules Obin ; Paul Cresson ; Jules Campagne ; Gaston Bailly ;Le colonel Lhermitte ;Mr Omer Dionnet ; Maurice Lefèvre ; André  Chabloz  Léon Henniaux, Gaston Lépine ; Fernand Wargnie  Robert Roseleur de Cartignies 

Les représentants de l'Aisne  Jean Merlin, Le docteur Jacques Lemaire ; Mr Taquet ;

Gustave  était  une très grande figure de la Résistance, qui n'a jamais fait d'esbroufe, avec un sang froid remarquable.

 

Petite anecdote personnelle; alors âgé de 10 ans ce devait être le 6 février 1944, un dimanche car je n'avais pas d'école, nous mangions le matin  tous autour de la table et j'entends du bruit dans les escaliers, je regarde nous sommes à 6 autour de la table donc tous présents, et je vois un homme très grand rentrer dans la pièce où nous mangions, je remarque que mon père et mes frères le connaissaient très bien et il se met à table avec nous, nous avions l'habitude de ne rien demander, tout le temps du repas, il a causé avec l'un et l'autre de chose banales me demandant si je travaillais bien en classe, et après en attendant le café il me prit sur ses genoux me taquinant,  ensuite il est parti au bureau avec mon père et moi à mes petites occupations je ne le revis plus avant le mois de septembre 1944, après la libération, il était venu rendre visite à ma mère, et il me demanda si je le reconnaissais,   je me souviens bien il avait un brassard tricolore au bras, comme Robert Roseleur  et après son départ j'en fis la remarque à ma mère et elle me dit que Gustave était dans la résistance et que au mois de février c'était le lendemain d'un parachutage.



12/02/2010
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