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L'arrestation manquée d'un chef

 

Terriblement éprouvé sur le plan nerveux par 12 mois d'activité clandestine, j'avais demandé au B C R A  à  Londres de m'envoyer  un remplaçant

     Celui-ci en place courant mars,  j'attendais l'occasion de regagner l'Angleterre .

     Ayant loué deux grands box dans un grand garage du quartier de fives Lille, je lui remis les reçus de location établis au nom de Pierre Lebert, ma fausse identité.

     Robert Aubinière le nouveau chef du B O A  nord  fut  arrêté le 14 avril  à Lille suite à la trahison  d'un certain Mercier, adjoint à René Fassin  délégué militaire pour la région nord .

    Étant toujours à Lille, je repris la direction du B O A  et dés le lendemain de l'arrestation  je fis évacuer notre PC  place Genevière à Lille, les papiers mis en sécurité à Croix et le matériel: machine à écrire, postes émetteurs etc. entreposé dans l'un des box loués dans le quartier de Fives Lille.

   Deux  ou trois jours plus tard, je décidais de les transporter au  Nouvion en Thierache.  Alors qu'avec Adrien ( Claude Meurice ) et Gustave (Maurice Gallet ) nous étions occupés à charger notre voiture une traction AV  noire s'arrêta  à l'entrée du garage et deux hommes en descendirent, l'un de taille moyenne en costume gris et l'autre plus grand  avec un imperméable de style  et de couleur très reconnaissable. Gustave et moi pistolet en poche et étant près à nous en servir en cas de besoin . Nos deux hommes s'avancent dans la cour  et jettent un coup d'œil circulaire, au bout de quelques secondes, je m'avance vers eux pour les renseigner . Le civil  qui était peut être celui qui était connu sous le nom de « Henri  le canadien » me demande si j'étais le gardien  du garage, je lui dis que celui-ci  habitait la maison  située au fond de la cour.Après un temps mort, il reprend : êtes vous monsieur Lebert ? Dès lors, je comprends qu'ils ont trouvé  sur Robert Aubinière le reçu de location.Je leurs réponds, Je ne suis pas monsieur Lebert mais je le connais très bien car c'est l'un de mes collègues, contrôleur au P T T,  il ne gare plus sa voiture ici et pour le trouver il faut aller au garage des PTT rue de Wazennes à Lille.

  A sa question « c'est quoi contrôleur P T T, contrôleur pommes de terre? Je lui précise qu'il s'agit du contrôle des installations  électromécaniques des réseaux téléphoniques. Il fait semblant d'approuver par « ah bon ah bon » aucun de nous n'est dupe, mais ils ne sont pas en position de force. Ils étaient venus pour s'informer, non pour procéder à une arrestation.

   Pendant ma « conversation »  Gustave a allumé une cigarette et pris position  prés de la sortie de manière à pouvoir couper leur replis.

Après les avoir informés qu'il était temps pour nous de partir, je demande à Adrien qui était dans le box légèrement  entrebâillé de me passer la nourrice

 Dans ce temps, le policier et son garde du corps se rapprochent du box et de notre voiture, ils brûlent d'envie de voir ce qu'il y a  à l'intérieur, mais n'osent pas trop s'en approcher.  Le civil  aperçoit sur la banquette arrière de la voiture plusieurs valises dont deux, très caractéristiques, « elles contenaient des postes émetteurs »  et m'en fait la remarque, tout en enfilant  la manche gauche de mon pardessus, je lui précise que nous avons un chantier à Cambrai et que en plus de nos bagages, nous avons nos appareils de contrôle, ah bon me répondit-il.

  Au moment de reprendre le volant mon interlocuteur allume une cigarette sortie  d'un paquet de celtiques. A mon tour toujours de la main gauche je saisis ma pipe bourrée de tabac Anglais et lui demande « auriez vous du feu ?, il m'observe, nous faisons quelques pas l'un vers l'autre, allume ma pipe et je l'en  remercie, sans doute voulais je lui montrer que je contrôlais parfaitement  la situation ?.

  Après cet ultime épisode les deux G F P regagnèrent leur voiture. Ils revinrent ultérieurement avec des renforts et saisirent le contenu des deux box.

  Le lendemain « Henri » pour le nommer ainsi déclara à Lionel Alloy «  qui avait été arrêté auparavant » et à mon remplaçant «  Robert Aubinière», hier j'ai rencontré « Jean Pierre », mais je n'ai pu l'arrêter car il était armé.

  Avec Gustave nous avons pris la route du Nouvion  et à notre arrivée, chaleureusement accueillis par madame Degon, nous nous sommes libérés nerveusement, avec une grande assiette de petits gâteaux fraîchement sortis du four  qui en a fait les frais.

   Notre hôtesse et les siens couraient  les mêmes dangers que nous et cependant n'en montraient rien. D'autres comme eux firent preuve d'un tel courage tranquille, je m'en souviens et les en remercie .  



31/07/2009
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